Un face-à-face qui tombe ….. pile !

, par François de Montlivault

En vous rendant à l’invitation de l’Union Wallonne des Architectes ce 20 avril dernier,vous étiez nombreux et plein d’espoirs d’avoir enfin une explication sur le comment et le pourquoi du CoDT.
La chose était pourtant bien présentée de la sorte : pas une conférence, pas un discours, mais un "face à face", les yeux dans les yeux, avec notre ministre de tutelle.

Hélas, de face à face, il n’y en eu un qu’avec ses sbires envoyés pour pratiquer en service minimum, l’hypnose et l’enfumage. Il est vrai qu’à l’AABW nous avons maintenant l’habitude.

Soyons clair ! C’est un camouflet adressé à l’UWA et par extension à l’ensemble de la profession.
M. Di Antonio a visiblement oublié que les architectes seront dans un proche avenir parmi les principaux artisans de la mise en œuvre du CoDT et qu’il ne suffit pas de les informer, encore faut-il les convaincre.

Et nous en avons des questions sur le CoDT et ses arrêtés d’application.

  • Qu’est qui justifie la disparition du visa de l’Ordre dans le dossier de demande de permis d’urbanisme ? L’impérieuse nécessité d’ouvrir la porte à tous les margoulins et autres escrocs, architectes auto proclamés ? Le système actuel du visa constituait pourtant un bien fondé d’ordre public. La réponse du cabinet : il ne revient pas à l’administration de contrôler le fait qu’un maître de l’ouvrage ait contracté avec une architecte inscrit au tableau. On perçoit tout l’intérêt d’un grand démocrate pour la chose publique.
  • Pourquoi faire disparaître la notion de mission partagée (établissement des plans et contrôle de l’exécution) ? Pour faciliter les signatures de complaisances ?
    La réponse du cabinet est claire : C’est au demandeur à savoir où il met les pied.
    On sent un "humanisme éclairé" dans cette réponse.
  • Pourquoi augmenter la complexité du dossier de demande de permis, sans avoir parallèlement mis en place la numérisation de la procédure et des données urbanistiques ? C’est une demande expresse des architectes et la Flandre démontre que c’est faisable
    Car ne nous leurrons pas : le logiciel GESPER, c’est de l’enfumage : il n’est ni prévu, ni même conçu pour une utilisation grand public et il n’y a ni moyens ni calendrier pour son développement.
    Et comme d’habitude, l’architecte deviendra faire les frais de la lourdeur des procédures et des délais.

Tout ceci m’inspire deux réactions d’indignation.

Le titre d’architecte ainsi que l’Ordre des Architectes ont été créés par nos pères dans un but principal de protéger le consommateur des risques et périls que peut comporter l’acte de bâtir. C’est donc à travers ces mesures faire fi de l’expérience bruxelloise qui remplit les commissions disciplinaires de l’ordre des architectes et de la volonté de son gouvernement de revoir cette disposition. C’est faire fi du candidat-bâtisseur lambda pour qui la seule recherche d’un architecte est déjà toute une aventure. C’est faire fi du modèle à la belge unique et envié en Europe du triangle de la construction.

J’en connais que contente cette belle simplification administrative : ils sous-paient leurs architectes, disposent des connaissances suffisantes pour ne pas prendre de risques inutiles et ils créent des dizaines voire des centaines de logements avec un seul permis. Ce sont évidemment les grands bénéficiaires du nouveau CoDT.
La vision qui résulte de cette politique est celle stalinienne des grands ensembles verticaux ou horizontaux où l’initiative individuelle deviendrait impossible à mettre en œuvre.

Cette vision ne me convient pas.

Soyons toutefois honnêtes : Il n’est pas question ici de remettre en question le CoDT. Le texte réglementaire, même si on en attendait un peu mieux après l’usine à gaz du CWATUPE, a suivi un parcours tout-à-fait démocratique et force est à la loi.
Mais rien n’interdit à notre profession d’émettre son avis sur les dispositions de mise en application prévues pour juin prochain (si tout va bien !), surtout si elle en est la première impactée.

Encore faut-il que sa voix soit audible.

Il est donc plus que temps, si notre profession veut continuer à jouer son rôle de protection du consommateur, de création de patrimoine, de modeleur de l’espace et des relations publiques, de S’ENGAGER, à travers l’ordre et les associations professionnelles, à défendre le modèle professionnel que vous souhaitez, en tant qu’architecte, et de société en tant que citoyen.
J’ai en horreur les "cela ne m’intéresse pas", les "je n’ai pas le temps", réponses irresponsables et serviles que certains peuvent donner tout en pleurnichant sur la difficulté du métier.

Le temps est aux assemblées générales dans nos associations et bientôt aux élections dans nos institutions. Alors PARTICIPEZ-Y ET FAITES ENTENDRE VOTRE VOIX !

… pour que le ministre prenne l’avis des architectes au sérieux, s’il veut la réussite du CoDT.
A défaut, je crains qu’il ne la perde vite …. la face !

F. de Montlivault
Président de l’AABW